google7d4e4d8192715b6f.html
top of page

Chaque syllabe — une pierre, chaque phrase — une porte ouverte

La Torah, la Kabbale disent

que le monde se tisse avec des mots.

Chaque syllabe — une pierre,

chaque phrase — une porte ouverte

dans la matière invisible du réel.

Mais elles murmurent aussi

que la véritable puissance du mot

habite parfois son absence.

Le silence retenu

comme une lumière derrière les lèvres.

Répondre à l’offense,

entrer dans la colère des autres,

ramasser leurs éclats de nuit —

comme il est difficile

de ne pas tendre la main vers le feu.

Et pourtant,

quel apaisement d’apprendre

à ne plus voir l’agression

comme une flèche dirigée contre soi,

mais comme une douleur

qui cherche un visage où tomber.

Alors je me tais.

Non par faiblesse,

mais pour protéger

ce petit royaume respirant en moi.

Mon silence me sauve.

Et peut-être aussi le monde.

Pas le vaste monde des frontières et des foules,

mais celui que mes mains peuvent toucher,

celui qui tient

dans le rayon de mes bras ouverts.

Là, je garde la paix

comme on protège une flamme

contre le vent du soir.

Le Shabbat approche.

Les fenêtres deviennent plus douces,

l’air ralentit autour des choses,

et mon âme rêve en silence.

Je rêve

que les vagues de mon infime univers

continuent leur route dans l’obscurité immense,

qu’elles traversent d’autres vies,

d’autres chambres éclairées tard dans la nuit,

d’autres cœurs fatigués.

Et qu’un jour,

dans cette galaxie peuplée

de milliards de planètes humaines,

une paix minuscule née ici

devienne assez vaste

pour toucher quelqu’un d’autre.



 
 
 

Commentaires


© 2026 Rufina Muraviova.

bottom of page