Chaque syllabe — une pierre, chaque phrase — une porte ouverte
- Rufina Muraviova

- il y a 2 jours
- 1 min de lecture
La Torah, la Kabbale disent
que le monde se tisse avec des mots.
Chaque syllabe — une pierre,
chaque phrase — une porte ouverte
dans la matière invisible du réel.
Mais elles murmurent aussi
que la véritable puissance du mot
habite parfois son absence.
Le silence retenu
comme une lumière derrière les lèvres.
Répondre à l’offense,
entrer dans la colère des autres,
ramasser leurs éclats de nuit —
comme il est difficile
de ne pas tendre la main vers le feu.
Et pourtant,
quel apaisement d’apprendre
à ne plus voir l’agression
comme une flèche dirigée contre soi,
mais comme une douleur
qui cherche un visage où tomber.
Alors je me tais.
Non par faiblesse,
mais pour protéger
ce petit royaume respirant en moi.
Mon silence me sauve.
Et peut-être aussi le monde.
Pas le vaste monde des frontières et des foules,
mais celui que mes mains peuvent toucher,
celui qui tient
dans le rayon de mes bras ouverts.
Là, je garde la paix
comme on protège une flamme
contre le vent du soir.
Le Shabbat approche.
Les fenêtres deviennent plus douces,
l’air ralentit autour des choses,
et mon âme rêve en silence.
Je rêve
que les vagues de mon infime univers
continuent leur route dans l’obscurité immense,
qu’elles traversent d’autres vies,
d’autres chambres éclairées tard dans la nuit,
d’autres cœurs fatigués.
Et qu’un jour,
dans cette galaxie peuplée
de milliards de planètes humaines,
une paix minuscule née ici
devienne assez vaste
pour toucher quelqu’un d’autre.




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